dimanche 10 mai 2015

Contes animaliers d'Argentine : nos amies les bêtes [Disques & Livres]

Depuis le début mai, Contes animaliers d'Argentine, mon prochain livre, est en souscription chez mon éditeur, les Editions du Jasmin, au prix de 12 € frais de port compris.

Lire aussi l'article de présentation générale publié dans le blog le 29 avril 2015 et la présentation sur mon site Internet.

Ajout du 22.05.2015 :
La question de la préservation de la nature est très chère aux peuples originaires en Argentine. Voir également mon article du 21 mai 2015 sur les apports des ethnies précolombiennes à l'élaboration de ces contes.

Le petit zoziau anonyme qui volette tout en haut est l'un des personnages de Haute Voltige (Sta Fe)
Ce toucan en voix et facétieux, vous le retrouverez aussi dans Haute Voltige
et encore plus dans Comment l'espiègle sapajou échappa au jaguar (Misiones)

Ce recueil de 126 pages, exclusivement en français, se compose de dix-huit contes traditionnels, originellement oraux.  Il est illustré par Jimena Tello, artiste Argentine vivant à Buenos Aires où elle enseigne cet art de l'illustration.

Comme les Fables du Grec Esope ou celles de La Fontaine, les animaux ont dans ces récits des comportements très humains. A travers une société animale qui permet de dire avec humour et vigueur bien des vérités, il s'agit de faire le portrait de celle des hommes, de dénoncer ses injustices, ses inégalités, ses violences et les mille et une stratégies de "l'animal-debout", comme l'appelle l'un de nos héros, pour se tirer des situations les plus désagréables.Les lecteurs seront toutefois frappés par la connaissance des conteurs sur les mœurs des animaux dont ils parlent. Rien à voir avec l'anthropomorphisme exclusif de notre La Fontaine, qui n'avait probablement jamais vu un lion autrement qu'en statue dans un parc de Lenôtre et ne connaissait des ours et des singes que les spécimens dénaturés que l'on exhibait à la foire. Cette véritable science zoologique indique que ces contes plongent leurs racines dans des époques très reculées et qu'ils ont vraisemblablement hérité de schémas pré-colombiens.


Couverture de la brochure ministérielle sur la préservation des espèces
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Au centre : éclosion d'un petit caïman
Que c'est mignon à cet âge-là !

A travers la sélection des contes parmi les centaines à ma disposition, j'ai taché de concilier les différentes exigences que je me fixe dans chacun de mes livres sur la culture argentine : faire découvrir à mon lecteur ce pays et lui donner l'envie d'aller le découvrir sur place. C'est pourquoi mes livres parlent tout à la fois de coutumes, d'histoire, de géographie et de paysages. Aussi, avec des contes animaliers, fallait-il faire une place royale à la faune locale. J'ai donc sélectionné ceux des contes qui mettaient à l'honneur des animaux argentins, quelle que soit aujourd'hui leur relation avec leur habitat naturel...

Vous trouverez donc dans ces pages des oiseaux et des mammifères, des carnassiers et des herbivores, des insectes et un reptile, agrémentés des bouilles cocasses dont Jimena Tello a eu le talent de les doter ! Il faut dire que dans leurs contes aussi, les Argentins déploient toutes les nuances de leur humour insolent et irrévérencieux.

Témoignant là encore de l'ancienneté de leurs sources, ces contes nous parlent d'animaux que vous n'êtes pas près de voir facilement sur place : puma*, jaguar*, toucan, nandou*, singe hurleur, sapajou capucin, caïman* noir, tatou, ara, cochon d'eau, cerf des marais... Au lieu de leur donner leur nom américain (signalé par une astérisque), les conteurs les désignent parfois comme le firent les premiers Espagnols arrivés sur ce sol austral : avec des noms d'animaux africains ou asiatiques. C'est ainsi qu'ils citent le lion, le tigre ou l'autruche. Dans le livre, une petite note rappelle au jeune lecteur que ces animaux ne sont pas américains (il faut éviter que nos bambins aillent parler de tigre argentin en faisant un chouette exposé à l'école). Et pour une touche de découverte linguistique, chaque animal porte en guise de prénom son nom commun argentin...

Le lecteur croisera aussi quelques animaux un peu plus familiers : les fourmis, les mouches, les taons, les guêpes et un scarabée patriote, le renard, la tourterelle, le bruant et l'hirondelle, sans oublier le célèbre fournier roux (el hornero est l'oiseau national argentin. Respect s'il vous plaît !), le mouflon, les crapauds... Et bien entendu, quelques animaux domestiques ou domestiqués, que nous connaissons parfaitement : le cheval, parfaitement dressé ou redevenu à moitié sauvage tel qu'on ne le trouve plus nulle part en Europe, le bovin, le perroquet, le coq, la poule et leurs poussins, le chien et le chat. Les uns sont réputés rusés (le renard), les autres passent pour sots (les tatous seraient les champions en la matière mais vous verrez qu'il ne faut pas se fier à cette mauvaise réputation).

Dans tous les cas, la morale de l'histoire est toujours la même sous ses différents visages : les forts ont beau s'appuyer sur leur violence et afficher leur arrogance, c'est cette assurance qui les perdra. Ce sont les faibles qui auront le dernier mot parce qu'ils font l'effort d'aller puiser au fin fond de leur intelligence pour trouver des solutions finaudes.


Dos de la brochure
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Téléchargez l'intégralité de la brochure sur le site du Ministère

Aujourd'hui, beaucoup de ces animaux qui habitent le monde fantaisiste des contes se font rares en Argentine. Le jaguar (yaguareté) avait tout à fait disparu du territoire national, lui qui habitait jusqu'en Patagonie lorsque les Espagnols ont débarqué à la fin du seizième siècle. Il est en cours de réintégration dans les forêts subtropicales du nord du pays, à l'est comme à l'ouest, de part et d'autre du Paraguay. Il peut s'aventurer exceptionnellement dans les marais d'Iberá, vaste réserve de faune et de flore sauvage qu'il est recommandé de parcourir avec un guide expérimenté (je vous laisse découvrir ce paradis sur terre dans mon livre). En 2000, le jaguar (panthera onca de son nom scientifique) a été déclaré monument naturel national en Argentine.
Loin d'être l'animal quasiment divin que l'on trouve dans la culture des Indiens plus au nord du sous-continent, le fauve, dans ces contes argentins, est surtout un être méchant ou à tout le moins dangereux mais dont les plus malins peuvent se jouer assez facilement...

Le puma avait presque disparu d'Argentine, il est lui aussi en phase de réintroduction dans les Andes. La sélection nationale de rugby en a fait son emblème : les joueurs sont los Pumas. Il peut arriver au félin de causer des dégâts dans les troupeaux très éparpillés mais l'Argentine est encore assez vaste pour compenser par le nombre de bêtes élevées ces pertes qui n'alarment pas les éleveurs comme le font chez nous les loups ou les ours. Le puma est également une espèce protégée comme l'est un autre personnage du recueil, le caïman noir (yacaré) qui vit dans les zones humides du Litoral (Misiones, Corrientes et Entre Ríos).

Le tatou (quirquincho) a été beaucoup chassé depuis l'arrivée des Espagnols pour la beauté de sa carapace et sa chair des plus comestibles (1). Il est maintenant menacé d'extinction partout en Amérique du Sud. Les organisations protectrices des animaux s'efforcent de freiner ce lent déclin d'un mammifère unique au monde. C'est la raison pour laquelle l'année dernière, le Brésil en avait fait la mascotte de son Mundial.

Le nandou (ñandú), cet oiseau coureur cousin de l'autruche et plus petit qu'elle, habite toujours les vastes étendues encore vierges de la Patagonie, mais vous pouvez toujours courir pour le découvrir dans les Provinces qui constituent Cuyo, immense verger et vignoble géant qui fournit l'Argentine et une bonne partie du monde en fruits, en légumes et en vins. Le nandou s'est replié sur les réserves naturelles où l'homme veut bien le laisser vivre.


Renversant, non ?
Cette carte est en libre chargement sur le site de l'IGN argentin
Cliquez sur l'image pour lire les légendes

En faisant le tour de l'Argentine dans le sens des aiguilles d'une montre lorsque le pays est représenté nord en haut (petit encadré mauve à gauche), vous ferez la connaissance de tout ce petit et grand monde qui nous rejoue, à côté de situations de la vie quotidienne, quelques unes des grandes scènes du récit national :

  • la Guerra Gaucha de Güemes et des autres caudillos fédéraux au Nord-Ouest (1813-1824),
  • la rencontre entre les Guaranis et les jésuites dans le Nord-Est (au XVIIe siècle),
  • la répression policière contre les gauchos nomades dans le Centre, sous la République Conservatrice (1860-1880),
  • la Conquête du Désert menée contre les Mapuches sous les ordres du général Julio Argentino Roca en Patagonie (1878-1885) avec le point de vue aborigène,

et ce sens inné (ou plutôt acquis) de la géographie renversée (2) qui caractérise à jamais la manière dont les Argentins s'envisagent dans le monde...
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Contes animaliers d'Argentine
en souscription jusqu'au 10 juin 2015
Sortie en librairie à la fin du printemps
Prix de lancement : 12 € frais de port compris.
Télécharger le bon de souscription.

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De tout cela et de bien d'autres choses, nous pourrons parler de vive voix aux deux salons du livre où je serai présente d'ici la parution, en Ile-de-France (au château de Fontainebleau le dernier week-end de mai puis place St-Sulpice, au Marché de la Poésie de Paris, à la mi-juin).
Il en sera aussi question sur l'antenne de TSF98, dans l'émission animée par Serge Davy, le samedi 30 mai à 12h30, C'est pas à moi que tu vas faire écouter ça.

Pour aller plus loin :
découvrez la collection Contes d'Orient et d'Occident sur le site des Editions du Jasmin et le reste du catalogue ouvert sur les cultures du monde pour les enfants et les adultes
découvrez la géographie argentine sur le site Internet de l'IGN (Instituto Geográfico Nacional) auquel j'ai emprunté cette impressionnante carte inversée de l'Argentine, montant vers le pôle sud.

Sur les différents programmes de préservation de la faune et de la flore en Argentine, vous pouvez consulter le site Internet du Secrétariat d'Etat des Milieux naturels et du Développement durable tout en espagnol, comme de bien entendu et jusqu'au 10 décembre 2015 (date du changement de gouvernement, qui pourrait conduire à modifier cette page Web, voire faire disparaître la fonction gouvernementale).
Vous pouvez également télécharger sur jeu de l'oie autour de la préservation d'un palmidé très présent en Terre de Feu... Pour améliorer son espagnol, c'est souverain !


Pour jouer, cliquez sur l'image et imprimez-la


(1) Et pour une autre raison encore : l'animal est nécrophage et les populations n'appréciaient guère de le voir rôder autour des cimetières, au temps où les tombes étaient creusées directement dans la terre, sans coffrage maçonné.
(2) Rappelez-vous les premières paroles du Pape François sur la loggia de Saint-Pierre : les cardinaux sont allé chercher l'Evêque de Rome "à la fin du monde". Et pourquoi donc serait-ce la fin du monde ? Pourquoi cette fin serait-elle pas en hémisphère nord ? Tout dépend du point d'où l'on regarde. Souvenez-vous aussi des vers de Pino Solanas dans Vuelvo al Sur : "Sueño el Sur, imnensa luna, cielo al revés..."
Et si vous ne vous en souvenez pas, plongez-vous dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, chez le même éditeur. Vous pouvez même le commander avec la souscription. C'est prévu sur le bon !